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Textes de Jac PETIT-JEAN-BORET



Des petits textes sans vergogne

Recette culinaire du loup la tapenaillade par Jac PETIT-JEAN-BORET

LE LOUP A LA TAPENAILLADE

 

"De la cinquième symphonie de Beethoven au petit vin blanc qu'on boit sous les tonnelles, Eddy Merckx, comme un oeuf sur sa machine à coudre, fonce à travers une forêt de corsages pointés sur son passage !"
Ainsi parlait Zarathoustra, du moins sous l'apparence fallacieuse d'un Antoine Blondin qui chroniquait en soixante-dix le tour de France, faute de mieux.

Lorsque l'on sait que quelque part, des enragés s'acharnent à rouler après un maillot comme d'autres courraient après un vulgaire ballon, des indices laissent à penser que le temps de la réalisation est venu.

Quand le soleil, jaune aussi, quelque part là-haut s'acharne à calciner les peaux et les feuilles, quand le temps des souffrances et de la trime laisse un répit au taon des vacances et de la frime, on est prêt. Point n'est besoin de faire une liste de commissions, on a toujours de quoi faire un bon loup à la tapenaillade à la maison.
Car on pourra bien varier du premier au dernier les ingrédients indispensables pour faire un véritable loup, c'est la particularité unique de cette exquise recette.

RECETTE :
Commencer par construire une terrasse dans votre toit, il suffit pour cela d'un toit en biais sous votre fenêtre préférée.
Défoncer la partie du mur sous la fenêtre et la remplacer par une porte vitrée. Ainsi la recette vous permettra également de profiter d'un espace idoine à d'autres recettes moins précises pour d'autres vêpres aussi enluminées.
Retirer les tuiles du toit, les voliges et les solives, confectionner une surface assez plane à daller à votre goût ou à défaut à celui des carreleurs et achalandeurs.
Placer quelques pots de géraniums en guise de garde-fous, on ne sait jamais... Un parasol, une table de bistrot en marbre et fer forgé, une chaise à peine confortable mais adoucie d'un coussin. Le décor, léger et simpliste, suffira.

Prévoir d'acheter un mois auparavant un beau filet de loup à un marin-pêcheur du port du Niel exclusivement, ou de tout autre espèce pouvant vous convenir ainsi que de toute autre provenance, demandez-lui de le préparer. Prendre soin de le congeler jusqu'à consommation, la substance y gagnera en imprécision.
Sortir le filet non garni de sa gangue de plastique et de givre et le réchauffer sur la terrasse.

Prendre une grande poële en fonte, y faire fondre un généreux éclat de beurre demi-sel. Un demi-oignon ou un échalion mis en pièces, une figue mise en actes, une petite tomate proche de sa fin mise en scènes, un petit blanc local promis en monologue pour survivre à la cuisson lente.
Tout cela va rissoler à la faveur du poivre et de la cardamome comme il se doit.

Après un certain temps ajusté au fût du canon qu'on sirote, ajouter la franche cuillerée de tapenade d'olives vertes et la gousse d'ail minutieusement déchiquetée.
Lorsque la surface de l'ail a été à peine ridée, verser de la bière pour couvrir le contenu de la poêlée, juste suffisamment pour empaper les fibres.
Lorsque le liquide va disparaître, à feu très doux, y coucher le poisson.

Aller dépiauter dans le massif des simples quelques tiges d'origan, de pimprenelle et d'estragon. Hacher fin les feuilles avec les ongles pendant le retour vers la poëlée et en répandre la moitié sur le filet.
Le reste servira pour la face B. Remettre la face A en fin d'audicuisson pour bien se pénétrer du tube et flétrir les fines herbes.
Dissoudre une bonne cuillerée de crème fraîche de chaque côté dans la garniture
Saler sans outrance, et ajouter du persil.

La dégustation se fera au soleil de fin d'après-midi, un blanc râblé tel un Mâcon fera aussi bien l'affaire que toute autre boisson agréable au palais.
La garniture est si copieuse qu'elle suffira à consoler la chair.
Tant que dure le loup en bouche, ne pas manquer d'admirer la vallée en face, les verts bleutés ou roussis de votre garrigue personnelle, le couple de pouliches blanches qui se protègent alternativement de l'ombre qu'elles se portent en un gracieux manège de frottis sensuels et chevalins devant un champ de tournesols jaunes comme des maillots.

Noter l'inconséquence d'une grosse fourmi qui a trébuché tout au long du mur pour porter son fagot et qui tout-à-coup le laisse là, dérisoire, et repart vers un autre destin.
S'étonner, comme le ferait n'importe quel téléspectateur à qui l'on assènerait ce scoop au journal du soir, de voir une guêpe ordinaire brouter un petit pois jusqu'à la moelle pour en faire ses rayons.

Se sentir empâté mais serein dans un corps lourd et veule quand on est frôlé par les martinets qui furtivent sur des trajectoires traçantes et virevoltantes.
Savourer le jour et son déclin comme on savourera la nuit et son enclin, aduler la qualité de la chaleur qui fera défaut d'ici peu, choyer la lune pleine et basse d'été, enrobée et merveilleuse pendant qu'on digèrera en rêvant cette recette si particulière du loup à la tapenaillade ou de ce qu'on aura bien pu élaborer, non sans amour.

Alors, laisser venir à nos lèvres et à nos cordes pincées notre Glaude toulousain qui chante si révolutionnairement "C'est ça la vie, c'est ça la vie !" en humant l'incomparable parfum du nectar de nescafé de luxe dans la tasse.

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