Je vais commencer cette autochronique par
un souvenir qui me fait toujours poiler. C'était un dessin humoristique
dans un magazine allemand, au siècle dernier.
Une femme, debout avec une pile d'assiette dans les bras, demandait à
son "mari" assis à son bureau à l'ordinateur :
"Mais qu'a-t-il donc de plus que moi ?". Et l'autre de répondre
: "Attends un moment, je vais faire imprimer la liste".
C'est triplement horrible (pour des motifs que vous déduirez aisément),
mais si réel...
Bon, dans le vif du sujet, je suis marié. Mais j'étais DÉJÀ
marié depuis longtemps : marié à l'ordi.
Tout avait débuté à Formentera en 1989, assis sur
la cuvette en train de chier. Eh oui, c'est ainsi. Le lieu est propice
aux grandes décisions.
Je feuilletais depuis un mois le catalogue "Conrad" d'accessoires
d'électricité-électronique. Il y avait des orgues-synthé
dans mes prix. La description des produits étant en teuton technique,
j'essayais de ne pas me tromper de cible. J'irais bientôt comme
chaque automne en Teutonie et j'avais bien l'intention de me ramener ce
synthé-là que j'épluchais chaque jour sur mon trône.
Le départ pour le nord-est étant pour très bientôt,
je n'avais plus besoin de lire la description. Lors, je me mis à
feuilleter les autres pages que sinon j'ignorais toujours superbement.
Et je tombai abasourdi sur cette folle page : AMIGA, l'ordinateur créatif,
graphisme, musique, parole, etc... (4096 couleurs, les PC d'alors n'en
avaient que 16).
Pour le même prix que je voulais dépenser pour mon synthé.
En deux minutes la décision changea de camp. Oui, j'allais acquérir
cet ordi.
Et à Stuttgart, ce fut fait. Je ramenai l'engin à Formentera
et je m'apprêtais à faire de l'ordi tous les jours, c'était
trop bien !
Mais nous n'avions pas le courant. Juste une petite installation solaire
qui ne m'allouait que cinq minutes avant de déclencher son alarme
sonore.
Patatras ! Je dois remercier les voisins absents la plupart du temps qui
m'autorisèrent à tirer un câble de chez eux.
Ils m'ont permis de me dévoyer !
Et depuis, je suis assis des heures à
l'ordinateur, et pour mon petit neurone, ça synapsise du bonheur.
Entention ! Ça ne veut pas dire ce que comprennent la plupart des
gens normaux qui déduisent que je suis sur l'internet. Non !
Je fais des trucs, j'ai fait du graphisme, je fais de la zique et des
chansons, et mille autres activités textuelles comme celle-ci.
Je vais aussi traîner sur la toile en fin de soirée pour
me changer les zidées avec un concert, une conférence, un
film. Mais c'est mineur dans ma position assise.
L'ordinateur a bien changé ma vie. J'avais fait une année
de fac en informatique, mais c'était en gestion, ce qui ne me branchait
que couic ! Je voulais faire du graphisme et de la musique.
Mais l'ordi de la fac, qui remplissait toute une pièce, devait
servir à plusieurs centaines d'étudiants. Et je devais attendre
mon tour. Lorsque celui-ci venait, je sortais des listings de portraits
faits en noir et blanc, en caratères d'imprimerie. Ou bien des
morceaux de musique avec seulement le nom des notes. Pas de sortie audio.
Et je me faisais engueuler par les suivants qui trouvaient mes travaux
inutiles et trop longs.
Je n'imaginais alors pas qu'un jour, j'aurais chez moi cet extraordinaire
outil qui comble ma frénésie de création et stimule
mon imagination.
